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Entre deux ères

Genre : Anticipation

Chapitre 5

Elle avait le regard avide.

« Mon premier patient est à neuf heures, mais je serai à mon cabinet dès huit heures. Puis-je compter sur vous ? demanda-t-elle en lui remettant sa carte.

— Je n'ai pas besoin de thérapie, rétorqua-t-il sèchement (Myrielle Duval – psychologue).

— Qui parle de thérapie ? Je souhaite simplement m'entretenir avec vous. »

Il ne répondit pas.

« Faites-moi donc cette faveur », insista-elle avec douceur et sourire.

Il acquiesça après un long silence.

« Parfait ! Huit heures à mon cabinet. »

Elle termina son verre le visage triomphant et prit congé.

Trois personnes s'installèrent à quelques tables de distance, mais il les remarqua à peine. La scène, le spectacle, les danseurs, voilà tout ce qui l'intéressait en cet instant. Ils invitèrent une dame à monter sur scène, puis l'assaillirent de cris et de grimaces informes. Elle pleurait, et la foule se mit à rugir telle une bête assoiffée de larmes.

Minuit. Il était temps de rentrer.

Son verre vide, il quitta le cabaret.

Toute la famille était endormie et sa femme lui avait laissé un mot près d'une assiette froide emplie de victuailles. Il l'aurait crue plus inquiète, mais ce n'était pas la première fois qu'il rentrait tard. Il mangea une part de tarte aux pommes par pure gourmandise, prit une douche brûlante et se coucha. L'alcool lui avait quelque peu tourné la tête, aussi s'endormit-il presque aussitôt.

Au petit matin, il quitta le domicile sans un bruit et fit route vers le cabinet.

En chemin, il croisa une trentenaire à l'élégance folle, qui parcourait les pages d'un magazine de mode féminin. On pouvait y lire en gros titre : Devenez grosse et laide en moins de 15 jours ! À quelques pas de là, un groupe vantait les mérites de la nouvelle télé-réalité : le vainqueur en avait pour 6 mois d'hospitalisation ; les autres finalistes n'ayant eu droit qu'à un licenciement pour faute grave.

Le cabinet était situé au troisième étage d'un édifice gris acier. C'était un lieu sombre aux murs tapissés de couleurs lugubres. Quelques plantes vertes en friche agonisaient près de la baie vitrée. Une radio vomissait des airs funèbres.

« Ne perdons pas de temps et installez-vous, suggéra la psychologue en désignant un canapé de cuir noir. Vous êtes une énigme qu'il me plairait de résoudre.

— Je ne veux pas de thérapie, il me semblait pourtant avoir été clair hier soir.

— Ne vous méprenez pas. Je ne veux pas faire de vous mon nouveau patient, seulement vous comprendre. »

Peu convaincu, il s'installa tout de même sur le canapé.

Et contre toute attente, il se confia sur nombre de sujets qu'il n'avait même jamais abordés avec sa propre famille : son mal-être, ses difficultés à intégrer cette société et la mort inexorable des derniers bastions de l'ancienne culture... Il s'attarda plus longuement sur sa vocation de clown. Hier encore, il était celui qui apportait la joie ; aujourd'hui, il n'était plus rien.

« Lorsqu'un art ne trouve plus sa place au sein d'une société, il est voué à disparaître. Et ce fut le cas des clowns de l'ancien temps, commenta-t-elle. Acceptez-le ou sachez vous adapter.

Quelle suite ? (17 votes)

  • Peut-être me sentirais-je mieux en acceptant cette nouvelle vie, avoua-t-il. (2 votes)
  • Je refuse d'accepter cela ! répliqua-t-il. J'étais et je resterai un artiste. (8 votes, suite retenue)
  • Tu n'es plus rien, lui ressassait sa voix intérieure. (7 votes)
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