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Entre deux ères

Genre : Anticipation

Chapitre 3

Il effleurait fébrilement ces reliques du passé et – malgré la pénombre – en percevait les plus subtils détails ; les éclairages publics étant suffisamment proches et puissants pour chasser la nuit en quelques endroits de la loge.

Le masque vénitien regorgeait d'arabesques florales et la poupée était sublimement inquiétante. L'œil globuleux, la pommette saillante, le sourire dément, elle lui évoquait nombre de ses contemporains. L'échine frissonnante, il la retourna. Ses doigts s'arrêtèrent un instant sur le costume. Ses couleurs fanées ne pouvaient être plus en accord avec l'image actuelle du clown : jadis populaire ; aujourd'hui désuet.

Un soupir de regret se répandit dans le silence.

Ces objets ravivaient des souvenirs jusqu'alors errants dans les abysses de sa mémoire : amitiés perdues, amours éphémères et tournées triomphantes en des salles tant prestigieuses que méconnues. Un seul parmi eux ne lui évoquait rien : cette étrange flasque au revêtement de cuir sobrement décoré. Curieux, il s'en empara.

Aucune indication sur son contenu. Il la secoua légèrement, elle était aux trois quarts pleine – a priori. Il entreprit de l'examiner à la lueur des réverbères et abandonna son passé à la poussière. Il rangea la flasque dans la poche intérieure de sa veste, puis quitta le théâtre par là même où il était entré.

Au dehors, les réverbères brillaient de mille feux. Il s'en approcha.

La flasque était en bon état (mais le cuir défraîchi). Il la déboucha, libérant alors une agréable senteur d'orange – parfumée d'un zeste de pain d'épices estima-t-il. Il resta là un instant, yeux clos, respirant les arômes d'alcool, puis décida d'y goûter. Guère plus qu'une gorgée. Intense mais douce. Chaleureuse.

Après cette dégustation nocturne impromptue, il se sentait d'humeur bohème. La flasque en poche, il reprit la route.

Les rues parallèles débouchaient toutes sur de quelconques quartiers résidentiels ; la rue principale menait au cœur de la vieille ville.

Il marchait.

Au loin, les lumières se firent nombreuses. Agressives. Les ombres – éparses – s'éclipsaient dans la nuit. Tape-à-l'œil : une enseigne puis deux. Bientôt une infinité. Le bruissement des voix. Le chaos des pas. Il marchait toujours.

À quelques mètres de là, une foule quittait bruyamment un cinéma expérimental où se déroulaient les séances d'angoisses collectives les plus réalistes du moment. Quelques individus l'observèrent curieusement ; lui les dévisageait. Arrivé à hauteur de la grand place, il s'arrêta. En son centre, trônait un socle massif surmonté d'une statue, tous deux de pierre et symboles de la liesse mondiale.

Jouxtant le cinéma, se trouvait l'un des plus monumental hôtel à cauchemar de la ville. Quelques centaines de chambres pour autant d'hôtesses. Plus loin, une femme se dirigeait vers le cabaret du Tentacule Noir, le dernier lieu de perdition à la mode. Un homme au costume strict en gardait l'entrée. La femme et lui échangèrent quelques mots, puis elle entra.

Il but une lampée d'alcool, observa les environs quelques instants, puis se remit en marche.

Quelle suite ? (21 votes)

  • Il se rend au cinéma expérimental (3 votes)
  • Il se rend à l'hôtel à cauchemar (8 votes)
  • Il se rend au Tentacule Noir (10 votes, suite retenue)
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